EJE par Chrystelle

EJE depuis 1996, je travaille dans une micro crèche depuis 2012 accueillant 10 bébés.
J’ai mal pour eux. Ils commencent leur vie, souvent dès 4 mois, dans des conditions qui ne leur permettent pas de se développer de manière harmonieuse. Comment le pourraient-ils? Cloîtrer dans un espace réduit, subissant le bruit, les pleurs des autres enfants ( qui provoquent de la peur, qui les réveillent aussi ), l’attente ( pour être rassurés, pris à bras, consoler, protéger). Les professionnels s’affairent à leurs nombreuses tâches qui ne consistent pas seulement à s’occuper des enfants.
Que comprend un bébé lorsqu’il pleure car ses besoins ne peuvent pas être satisfaits, lorsque son rythme ne peut pas être respecté ?
Lorsque les exigences de la société ne s’occupent nullement du degré de maturation de l’enfant ?
Disons le clairement, les crèches n’ont pas été inventées pour les enfants.
D’après les neurosciences, le cerveau se développe dès la conception selon différents facteurs. La bienveillance envers l’enfant en est un.
Or, aujourd’hui, le contexte des modes de garde collectifs ne permet pas de prétendre que ce que vivent les enfants aujourd’hui n’aura pas d’incidence sur les futurs citoyens de demain et sur la société en devenir.
La société aura les citoyens qu’elle mérite.

Impossible de répondre aux besoins de tout le monde. On est une pieuvre, à avoir autant de tentacules par Nounou

Ça m’écœure de ne pas pourvoir répondre aux besoins de tous les enfants, de devoir jongler entre tous. De plus, on à la cuisine, la lessive, le ménage, plier le linge, l’entretien de la crèche etc…

  • Un jour, j’étais toute seule avec tous les 11 enfants, ma collègue était partie en cuisine. Je m’occupais d’un bébé qui pleurait, je le consolais et le rassurait. De l’autre côté, il y avait un enfant qui frappait un bébé, je n’avais même pas vu ni remarquer. C’était trop tard, un énorme bleu sur le front.
  • Comme d’habitude toute seule avec tous les enfants, un matin, je prenais un bébé, qui a commencé à avoir soif, dans mes bras. Un enfant qui venait d’arriver avec sa maman, ne voulait pas rentrer à la crèche pleurait et criait…. Je devais jongler entre les deux, j’ai dû déposer le bébé pour prendre l’autre enfant qui se débattait avec sa mère.
  • Et je ne parle pas l’heure du déjeuner, où tout le monde criait famine. Seulement à deux professionnelles ce jour-là, je suis malheureuse de ne pas pouvoir donner à manger à ces enfants. Je n’ai que deux mains. Il faut les faire attendre, patienter. Il y a des enfants qui s’endorment avant même de commencer à manger. Donner à manger à 11 enfants seulement que de 2 pros. Comment faire…
    Un métier qui commence à perdre de ces valeurs.

12 enfants OK mais obligation d’avoir plus de professionnels et l’espace adapté par Cyrielle

EJE depuis 11 ans et maintenant gérante et référence technique de ma micro-crèche, je suis pour la possibilité d’accueillir deux enfants supplémentaires.

Nous avons une surface de 240 m² divisée en deux sections et 3 professionnelles auprès des enfants toute la journée et tous les jours. Une pro est référente de 5 enfants de 10 semaines à 18 mois, une pro est référente de 6 enfants de 18 mois à 3 ans et la dernière pro est volante et aide là où le besoin s’en fait ressentir.

Si nous accueillons 2 enfants supplémentaires, cela nous permettrait financièrement d’embaucher une 4ème professionnelle, soit deux pros pour 4‐5  enfants de 10 semaines à 18 mois et deux pros pour 7‐8 enfants de 18 mois à 3 ans. La qualité d’accueil en serait meilleure !

Alors oui pour l’augmentation du nombre d’enfants accueillis mais seulement si obligation d’avoir assez de pros et un local suffisamment grand pour le bien-être des enfants !

une journée en micro-creche

La semaine dernière, 11 enfants à la micro-crèche dont 1 enfant de 18 mois qui fait des crises d’épilepsie. Une nouvelle professionnelle qui vient d’intégrer notre équipe la semaine d’avant. Une petite fille arrive à 11h15 en retard car très fatiguée cette nuit (nous faisons des accueils jusqu’à à 10h30 car ensuite il faut aller en cuisine et certains enfants se couchent). Le groupe est composé d’enfants de 2 ans et d’enfants de 10 mois aujourd’hui. Le petit garçon qui fait des crises d’épilepsie est suivi par l’hôpital de jour pour des séances de kiné. Il arrive à 11h40. Ce jour-là pendant que j’installe le repas et les enfants à table, la petite fille qui a passé une mauvaise nuit arrive … transmissions alors que je suis en train d’aider les enfants à mettre leur serviette. Je ne peux à peine la prendre dans les bras car je dois finir de l’installer … puis le petit garçon qui revient de sa séance arrive à 11h30 exceptionnellement. Il est fatigué. Je finis les transmissions avec le papa de la petite fille, toujours en accompagnant le repas des deux enfants face à moi. Je prends la petite fille elle pleure … et le petit garçon arrive il est posé … j’ai quelques informations de la part de l’équipe soignante qui l’emmène.
Ce petit garçon tangue… il tient assis et se met debout depuis peu. Il est fatigué. Je l’observe, il fait souvent des crises quand il est fatigué. La petite fille dans mes bras pleure. Elle est fatiguée même si elle vient de se réveiller et puis les deux enfants devant moi qui ont besoin de manger. Ma collègue s’occupe déjà d’un endormissement et l’autre termine un soin.
Le petit garçon tangue, c’est souvent un signe annonciateur de la crise. J’appelle ma collègue, elle arrive. Elle l’allonge mais ne le connaît pas bien elle vient de commencer donc je regarde les signes, je lui explique et je lui dis d’aller chercher la trousse de PAI (valium etc. ). Les autres enfants courent. Celle qui endort un enfant sort vite du dortoir suite à mon appel et s’occupe du petit garçon au sol, l’autre prend les enfants en charge.
Voilà une journée brièvement racontée… il a en est fallu de peu pour administrer le valium… quelle qualité d’accueil pour ses enfants accueillis ? (celui qui fait la crise, celle qui arrive car la nuit a été compliquée et les autres enfants). Alors 12 ?! Non nous ne sommes pas d’accord !
Gérer la crise d’épilepsie qui est récurrente, les besoins de sécurité etc…

Gestionnaire de micro crèches par LN

Bonsoir a tous, depuis plus d un an maintenant, a chaque annonce du gouvernement nous prenons une claque. Personne n’a pris en compte des erreurs de mars dernier. Gestionnaire de 2 micro crèches,  qui faisons le choix d’ouvrir les structures afin de répondre à un plus grand nombre de familles.  Cette année encore, et pour la 2e fois, des annonces contradictoires, auxquelles nous avons bien du mal a avoir les bonnes infos, toujours dans le flou avec les 50 familles derrières a rassurées et a expliquer.  La plupart nous soutien et d autres ne pensent qu’à leur petite personne alors que l on bosse depuis plusieurs jours afin d’organiser au mieux l accueil des enfants dans des conditions optimale.  Nous laisser ouvrir en demandant aux familles de ne pas mettre leur enfant, nos entreprises sont des petites entreprises de service avec un chiffre d affaire qui paie tout juste le fonctionnement et les salaires de misère de nos employés.  Et oui, j aimerais les augmenter mais impossible financièrement.  Désolé pour le pavé mais la goutte d’eau a débordé du vase.

Pas de décret mais 14 enfants par Line

Cela fait déjà 6 mois que notre gérant nous parle du nouveau décret qui permettra 12 accueils.
Il n’a pas attendu d’ailleurs pour en prendre acte. Et c’est bien souvent 14 enfants que nous accueillons sur nos 10 places…. Tout cela en accord avec la PMI (soit disant !). Mais nous n’avons pas le droit de nous plaindre, nous avons du renfort sur les horaires de dépassement. En revanche, les murs, eux, ne sont pas extensibles. Mais si cela ne convient pas, la porte est grande ouverte …. holala, reconnaissance quand tu nous tiens…..

Chiffre par bébé

EJE et directrice depuis 20 ans, je ne peux que constater la dégradation des qualités des modes d’accueil. Chiffre à tout prix avec le plus d’enfants possible et la baisse du taux d’encadrement est une réalité pour les grands groupes, même si les projets sont beaux, les moyens financiers et humains n’y sont pas. Quelle tristesse ! Je me suis battue pour ma crèche et les familles accueillies mais un moment, nous sommes aussi usées.

Au secours par Sonia

Micro crèche 10 enfants en début d’ouverture en 2014 avec 3 professionnels à temps plein et 1 professionnel à mi temps + direction et entretien, mise en chauffe des repas,  prise en charge des enfants. Aujourd’hui en 2021, 12 enfants dont bébé de 6 mois, 3 professionnels et directrice avec toujours le ménage, la mise en chauffe des repas, la prise en charge des enfants,
Aucune écoute des gestionnaires.
Aucun soutien du groupe.
Les parents s affolent car les factures sont en augmentation et les professionnelles en arrêt de travail.

Auxiliaire de Puériculture par Laline

Auxiliaire de puériculture depuis plus de 10 ans je travaille en micro crèche depuis plusieurs années.

En 10 ans, j’ai pu voir les conditions d’accueil de ces petits enfants se dégrader encore et toujours plus.
Des collègues en burn-out, moi-même proche du précipice à plusieurs reprises.

Ce métier, c’était le rêve de ma vie, le seul envisageable pour moi. Aujourd’hui, ce métier me rend malade.
Devoir laisser pleurer des enfants parce qu’on a que 2 bras et pas assez de professionnels, devoir bâcler les repas et ne pas laisser les enfants apprendre à manger seuls car pas le temps pour ça, devoir laisser des bébés boire leurs biberons seuls en le calant avec un jouet parce que encore une fois pas assez de bras pour leur donner tranquillement à bras, ne pas pouvoir proposer d’activité et laisser les enfants plus grands livrés à eux-mêmes , ne pas pouvoir accompagner un enfant à l’endormissement toujours pour la même raison pas assez de bras….
Donner à manger à un enfant tout en ayant en écharpe un bébé et en donnant le biberon à un enfant calé en Transat, c’est tout ça notre réalité quotidienne.

Tout ça me rend malade, je rentre parfois (souvent) en pleurant chez moi car je me suis sentie maltraitante mais comment faire autrement ?
Comment faire mieux quand nous sommes 2 pour un groupe de 12 à 17 tout petits… Car oui, la réalité c’est aussi des directions qui ne respectent pas les taux d’encadrement déjà pourtant si bas et la Protection Maternelle et Infantile qui ne s’en préoccupe pas vraiment…
Comment faire mieux quand la rentabilité passe avant le bien être des enfants et des employés qui se retrouvent sans matériel adéquat ?
Comment faire mieux quand l’environnement proposé est plus similaire à celui d’une usine à bébé qu’à un endroit bienveillant ?
Comment rassurer les parents quand nous sommes nous même démunis et affolés par la situation ?

Travailler en micro crèche c’est être à la fois, auxiliaire de puériculture, femme d’entretien, cuisinière, tenir une lingerie, infirmière, psychologue, accompagnatrice à la parentalité…
Tout ça pour un malheureux smic, aucun avantage, aucune reconnaissance (ben oui faut dire qu’on joue toute la journée aussi on ne fait que changer des couches…) des heures supplémentaires à n’en plus finir non payées et pourtant une pression psychologique qui deviens intenable…
Alors voilà, voilà comment mon rêve est devenu un cauchemar, comment le seul métier envisageable pour moi est devenu un combat quotidien…