Micro-crèche

J’ai honte par Sonézo

Diplôme obtenu en 2014, je débute dans la foulée une belle première expérience, l’ouverture d’une micro crèche.
De nombreuses valeurs m’animent : la bienveillance, la patience, le respect, l’altruisme. Cette aventure s’annonce pleine de promesses : bientraitance, respect des rythmes, accueil des émotions et communication pacifique. Petite structure et petite équipe. Un vrai cocon.
3 ans à me former, dévorer des livres et approfondir ces pratiques pour le meilleur pour nos plus petits.
Le temps passe, l’entreprise grandit, de notre cocon, nous passons à 2, 3 et aujourd’hui 5 structures. Les changements s’amorcent.
Travailler plus pour gagner plus, nous dit-on. La réelle motivation est clairement une meilleure rentabilité financière, maintenant à savoir à qui cela bénéficie réellement, mon inquiétude n’est pas là.
Qui dit meilleure rentabilité, dit découpe dans les postes, autrement dit diminution du personnel.
Sur nos 11h d’ouverture, nous sommes 2 adultes pour 11 enfants pendant 9h. À partir de là, mon quotidien m’alarme, changer des couches à la chaîne, regarder, empêcher le sommeil d’un enfant pour surveiller les autres pendant que ma collègue gère les tâches ménagères, accélérer les repas, laisser un bébé pleurer, raccompagner un enfant auprès de son parent épuisé…. En 2 mois, j’ai perdu mon sourire, mon sommeil, une collègue a démissionné, une amie est en arrêt pour burn-out, une autre en prend le chemin….
J’ai la chance de savoir parler, écrire et nommer mes émotions et aujourd’hui je suis malheureuse, mes conditions de travail me rendent malheureuse. Alors eux, nos enfants, que ressentent-ils ??
Au 21ème siècle, voilà les conditions d’accueil, au sein de ces micro structures qui prônent la bientraitance et le respect, elles n’en n’ont même pas l’ébauche. Le stress, la tension, les cris….
Je suis une femme de conviction, du “parler vrai”, j’ai toujours fait de mon mieux pour donner le meilleur moi-même aux enfants. Je me suis battue contre ma direction pour faire bouger les choses…. Entretiens sur entretiens pour critiquer mon attitude, casser mon travail, semer le trouble avec mes collègues, me retirer mes projets…. Au bout de 2 ans de lutte sans n’avoir obtenu aucun changement, j’ai fait le choix de quitter mon travail parce que j’étais entrain de me perdre dans mon mal être, dans ce climat malsain que subissent nos touts petits….
Aujourd’hui, écrire cette expérience est nécessaire. Je suis maman, j’ai toujours eu de belles exigences pour mes enfants, j’en attends tout autant des personnes qui s’en sont et qui vont s’en occuper. Cela a toujours été mon garde fou “est ce que tu aurais accepté cela pour tes enfants ??
Nous entendons parler des IDE, des AESH qui subissent des conditions de travail révoltantes, des EHPAD où les traitements sont innommables. Qu’en est il de nos enfants ? Qu’en est il des professionnels qui s’en occupent ?
Quelques faits divers dans la presse mais de réels articles, reportages qui traitent des conditions d’accueil en crèches, publiques ou privées, sont rares, trop rares.
Placé une caméra cachée dans les structures, ou juste un enregistreur audio et vous comprendrez pourquoi il est nécessaire de se voiler la face…
Les parents nous confieraient-ils leur enfant s’ils voyaient comment cela se passe vraiment ??
J’ai le sentiment d’avoir abandonner les enfants dont je m’occupais et en même temps la honte de mon métier est devenue trop grande.