La réalité du terrain par Marie

J’ai travaillé pendant plusieurs années pour un grand groupe dont je ne citerais pas le nom.
Durant ces années j’ai pu constater qu’il y avait beaucoup de turnover au niveau des employés car les conditions de travail étaient déplorables (salaire misérable, stress ++++,  faire toujours ++ avec moins de moyens)
Faire le plus de tâches possible à la minute ( changer 12 couches à la chaine pour être dans les temps, mettre la machine à laver en route, faire le goûter, préparer les repas et ce le plus vite possible ce qui conduit souvent de la part des employés à des oublis qui peuvent être dangereux pour les enfants ( oublis de barrières de lits bébé à barreaux…) ( Dans une autre crèche du même groupe, un couteau de cuisine à viande mit par mégarde avec les couteaux en plastiques de la dînette.. )…

 Des remplacements sur d’autres crèches très loin de chez nous, prévenus à la dernière minute. Être harcelé de coup de téléphone par la manager dès l’heure de l’ouverture de la crèche pour revenir au travail  au pied du lit car la personne qui doit ouvrir la structure n’est jamais venu sur le lieu de travail et ce même si je suis sur mon  temps de repos. Des heures supplémentaires à tout va ( car beaucoup d’arrêts maladies dues à la charge mentale énorme) des heures pas forcément payées.

Une instabilité constante pour les enfants car beaucoup de changements d’équipe qui d’ailleurs sont rarement qualifiées avec des diplômes permettant de travailler auprès des enfants car ils peinent à recruter. Ce qui engendre des situations dangereuses quant à la prise en charge des enfants de la part de certaines professionnelles (brûler des enfants au biberon ou alors avec une purée car  trop chaude sans avoir vérifié la température au préalable par exemple…) ou bien même ( des enfants qui ont gardé la même couche du matin au soir)…

Aucune valorisation de la part des managers au niveau du salaire (smic) , pas d’augmentation en  plus de 3 ans…

2 professionnelles pour 10 enfants âgés entre 5 mois et 1 an, imaginez ne serait-ce qu’un instant 10 bébés qui pleurent en même temps et ce pendant plusieurs heures car ils ont faim mais que nous sommes que deux pour répondre à leurs besoins.
Ne pas pouvoir aller aux toilettes ou prendre sa pause sur les journée ou il y a peu d’enfants la veille de Noël par exemple car la direction veut laisser la crèche ouverte avec qu’une seule pro pour 3 enfants.

Pour ma part, j’ai eu un énorme burn out et finis par être licenciée pour cause d’inaptitude ce qui a déjà été le cas pour plusieurs de mes anciennes collègues.
Il serait peut-être temps que les parents soient au courant de la réalité des eajes.

Un dégoût du métier en crèche par cleclej

Les parents nous font confiance en nous confiant ce qu’ils ont de plus cher au monde et nous faisons au mieux. Malheureusement nos moyens diminuent d’année en année, nous ne pouvons pas être fiers du métier que nous exerçons. Et pourtant nous avons la volonté de faire bien, nous savons que les enfants d’aujourd’hui seront les adultes de demain, nous voudrions leur apporter toute la bienveillance et la bientraitance qu’ils méritent mais c’est sans compter sur l’Etat qui n’a aucune considération pour la petite enfance. Le travail s’effectue à la chaîne, les anciens pédagogues qui ont fait un travail formidable sont aujourd’hui bafoués, leur pédagogie est nommée dans le projet pédagogique mais aucunement utilisée par faute de moyens. Et pour contrer le manque d’effectif du personnel, l’État préconise d’embaucher du personnel non diplômé ! Ce n’est pas une solution à un problème, ce n’est qu’un problème qui se rajoute aux autres. Ayez de la considération pour ce personnel diplômé qui bosse dur, augmentez leur salaire, donnez leur les moyens de travailler dans de bonnes conditions, là est la seule solution.

On en vient à… par Carlota

Tout à fait d’accord avec vos ressentis et votre coup de gueule.
Une équipe qui se soutient ça aide à continuer d’accompagner au mieux les enfants et leurs familles qui sont accueillis, mais pas facile tout de même, entre les classes qui ferment, les collègues qui attrapent le covid, les arrêts maladie, les protocoles qui changent sans arrêt, les enfants sans cesse malades mais toujours présents etc. Ce sont des choses qui peuvent tout à fait arriver et qu’on ne doit pas juger, et pourtant…
On en vient à juger des familles.
On en vient à des collègues qui tiennent le coup à travailler dans ces conditions depuis avril 2020, déjà 2ans! mais qui se fatiguent à la longue, sans réelle reconnaissance du gouvernement.
On en vient à vouloir comprendre l’autre, mais à lui en vouloir en même temps.
On en vient à appréhender les absences de collègues.
On en vient à flipper dès qu’on reçoit un mail de l’école de ses enfants.
On en vient à devoir se justifier et à culpabiliser si personne d’autre que soi ne peut garder son propre enfant et nous empêche donc d’aller bosser ou à devoir trouver des solutions à la dernière minute pour trouver une connaissance qui serait dispo.
On en vient à « subir » d’éventuels reproches parce que « ce sont tjs les mêmes qui bossent » pendant que d’autres peuvent « se la couler douce chez elles à garder leurs enfants ».
On en vient à devoir auto tester nos enfants 3 fois en 5 jours avec un coton tige dans le nez pour être sûr de pouvoir les mettre à l’école pour aller bosser au plus vite.
On en vient à être tirailler entre nos enfants et le travail, à culpabiliser de ne pas pouvoir aller bosser et de laisser les collègues dans la mouise, mais ça, personne ne le voit.
On en vient à voir des directrices/adjointes qui passent leur weekend à recevoir sms, appels, à devoir refaire le planning un dimanche ou tard un soir.
On en vient à voir des directrices qui font des heures supp à gogo sans récup, des journées calées sur l’amplitude horaire de la structure, qui ne savent plus où donner de la tête tellement elles courent partout, entre bureau, aide/remplacement en section, mairie, téléphone…et qui s’épuisent au travail.
On en vient à ne plus savoir à quel protocole se fier, quitte à être incohérentes vis à vis des parents.
On en vient à parler Covid très souvent en section au dessus de la tête des enfants.
On en vient à laisser ouvertes des crèches alors que les 3/4 du personnel sont absents, même si on réduit le nombre d’enfants…
On en vient à avoir sur des structures ouvertes du renfort par des collègues de crèches fermées pour cause covid, et dont on apprend la positivité peu de jours après leur passage…

On en vient à ne plus être totalement psychiquement présents pour les enfants que l’on accueille et qui subissent tout ça…
Je viens de relire tout ça et ça me fait mal au coeur de me dire que c’est notre réalité de terrain, le quotidien des enfants.
Bref, on est le 3 février, ça fait déjà 6 fois que la classe de ma fille ferme depuis la rentrée de janvier, demain c’est le papa qui prend le relais. Il est 21h30 et je finis de faire des crêpes pour donner un peu de réconfort à mes collègues demain 

💪

En attendant de jours meilleurs…Courage à vous tous !

Épuisement covid and co par Stoofy

Coup de gueule… ras-le-bol de cette fatigue, de retrouver mes collègues, en pleurs, tiraillées entre leur implication au travail et le poids du covid. Entre celles qui ont des enfants malade covid ou non, cas contact, grève des écoles, pas de cantine, pas de périscolaire… et d’un autre côté pas de remplacement possible au pied levé, la notion de service auprès des familles, l’impression de devoir choisir entre son travail et le bien être de ses propres enfants, de sa propre santé, les protocoles, la fatigue qui s’accumule pour tous. Les pros sans enfants qui tiennent aussi en soutien, qui bougent leurs horaires  »c’est bon moi j’ai pas d’enfants » et qui se fatigue aussi à pallier les absences, accumulent des heures, annule des rdv. Tous nous pensons au travail, même le weekend, en attente des protocoles, des résultats de test, on ouvre, on ferme, activité partielle? Sans oublier, un nez qui coule? Je me teste ou pas? Mais si je suis positive comment vont elles faire demain?
Beaucoup de souffrance en ce moment. Comment être bien traitant lorsque le système ne l’est pas?
Vivement que ça s’arrête.
Là, on est en service minimum depuis un moment. Quelle place pour le soutien à la parentalité, les projets, les réunions quand le quotidien nous épuise, nous essore?

J’ai mal à ma crèche par FutureEJE

Voilà maintenant deux ans que les enfants n’ont pas vu notre visage en entier. Mais … on s’est adapté.
Deux ans aussi, qu’on nous demande tous les soirs la désinfection des jeux durant le temps d’accueil des enfants. Mais … on s’est adapté.
Deux ans aussi, où tous les moments conviviaux et les aurevoirs de fin d’année ne se font plus. Mais avec déception et tristesse … on s’est adapté.
Deux ans aussi, sans proposition d’ateliers avec les familles pour leur faire découvrir notre savoir-faire. Mais … on s’est adapté. 
Deux ans aussi, que j’observe des équipes inquiètent pour les familles, les enfants et leurs proches. Mais on continue et on s’est adapté.
Deux ans aussi, qu’on met tout en œuvre pour donner le sourire, la joie aux enfants. Mais on fatigue
Deux ans aussi, où nous devons être vigilantes au moindre symptôme pour VOUS et NOUS protéger. Mais parfois vous pensez que c’est pour vous ennuyer. On s’en serait bien passé aussi. Croyez moi.
Mais aujourd’hui, sous le prétexte que le dernier variant est moins dangereux, vous nous envoyez dans d’autres lieux d’accueil pour soutenir d’autres structures. Que faites-vous de notre protection ? Que devons-nous dire aux familles en face de nous, lorsque nous sommes toutes des professionnelles étrangères à la structure. Où est la bienveillance envers ce jeune enfant, en pleine construction dont nous avons pour mission de garantir sa sécurité affective ? Où est-elle ? Elle s’est perdue ?
Je suis triste de devoir vivre ces tristes moments, mais la coupe est pleine. Où est la solidarité du début de cette crise ? Vous, familles accueillies, ravies du travail pédagogique des équipes connaissez-vous les conditions actuelles de l’accueil de vos enfants ?  Il est temps de faire bouger cette situation et stopper l’hémorragie. 
Pour cela, partagez la situation actuelle des EAJE, faites reconnaitre notre savoir-faire, nos compétences et notre lassitude à devoir sans cesse bricoler avec les moyens du bord.
Les enfants sont le futur et le devenir. Trouvons ensemble des solutions pour qu’ils s’épanouissent, sourient, car c’est bien là, ma vocation, ma raison de me lever le matin et ma manière d’être utile à ce monde. J’ai de l’espoir, je veux y croire encore.

Bas salaire par Aurelie

A ce jour, on nous en demande toujours plus ! On se doit d’être au plus proche des besoins des enfants tout en faisant un accueil bienveillant. On est également garant de leur sécurité physique et émotionnelle. C’est un travail épuisant physiquement et émotionnellement mais à contrario nous sommes payés au lance pierre!! Les salaires devrait être revalorisé à hauteur de ce qu’il devrait être!
Etre au smic est carrément une abnégation face aux enjeux de ce beau métier !

Burn-out par Roxane

Salariée en micro-crèche privée, je n’en peux plus, je sature. Je n’ai plus aucun plaisir à venir travailler, de surcroît pour une misère. Les enfants ne parviennent plus à me donner l’envie de venir, car je sui devenue femme de ménage, plus qu’auxiliaire petite enfance, et je n’ai jamais signé pour ça. 12 enfants dans une pièce de vie de 40m carrés. On nous demande d’être dispo chaque jour, on ne peut même plus prévoir de rdv perso en semaine car une fois sur deux il faudra les annuler pour accumuler les heures supp. Heures supp qui ne seront jamais récupérées et pour lesquelles on doit se battre pour les faire payer. On modifie nos plannings du jour au lendemain sans nous demander notre accord, sans un seul merci, parce qu’ils ne sont pas capables de garder un personnel compétent. C’est nous qui payons les pots cassés, comme d’habitude. Méfiez vous des grands groupes qui prônent la bienveillance, il n’y en a aucune. C’est du travail d’usine à la chaîne, c’est tout. Aucun respect pour les enfants, ni pour leurs familles qui déboursent des fortunes. Si j’avais un enfant, il n’irait pas en micro crèche, ce ne sont que des baratineurs. Je vous écris ceci aujourd’hui tout en terminant ma lettre de démission.

Malveillance en Micro crèche par Lyzal

Il est difficile de débuter un tel témoignage. Je travaille dans la petite enfance depuis quelques années, j’ai pu faire 3 micro crèches et 2 EAJE. Les mêmes problèmes se retrouvent dans les deux types de structures. Le manque de professionnelles.

De base, je trouve que nous ne sommes pas nombreuses pour répondre convenablement aux besoins de chaque enfant. Mais cela devient encore pire lorsqu’une s’absente pour des raisons personnelles. Elle n’est pas remplacée, on manque encore plus de bras. Nous sommes tendues, mal, pas ou peu écoutées… Et notre comportement se répercute sur les enfants. J’adore mon métier, mais je rentre parfois chez moi en me disant que j’ai mal fait mon travail, que je n’aurais pas du agir ou parler aux enfants de telle ou telle façon. C’est vraiment horrible comme sensation… J’en suis au point de commencer des démarches pour m’expatrier ailleurs, où ce domaine est mieux considéré…

Pro en détresse : et les enfants là-dedans ? par Auxi07

Je travaille en crèche depuis 10 ans. Les années passent et les conditions de travail se dégradent de plus en plus. Ce métier je l’ai choisi par vocation mais aujourd’hui, il me dégoute ou plutôt , on m’a dégouté de ce métier. La faute à qui ? Aux gestionnaires , à l’Etat , à la rentabilité !!!

Comment prendre soin et être à l’écoute de chaque enfant lorsque vous en avez 20 dans un espace restreint avec 2 professionnels ? Et encore , une fois j’étais seule avec 18 enfants !!

Décloisonner on vous répond, décloisonner comment ? Quand les locaux sont trop petits, que vous n’êtes pas assez nombreuses pour surveiller tout le monde et que l’on vous en demande toujours plus (sorties, activités, désinfection…). Et je ne parle pas des parents qui se déchargent de leur rôle, qui vous amènent l’enfant malade avec du paracétamol avant de venir. On peut en faire des formations sur la bientraitance , le bien-être, en théorie cela fait rêver mais la réalité du terrain et toute autre… Les arrêts de travail ne sont pas remplacés (et sont de plus en plus nombreux).

C’est cela le bien être de l’enfant? le faire évoluer dans une sorte de poulailler (pardonnez-moi l’expression)? Des enfants qui sont irritables , énervés , agressifs et je les comprends. Non le bonheur n’est pas dans la crèche. La rentabilité a pris le pas sur la bientraitance . Et je ne parle même pas du salaire de misère et des disparités entre fonction publique ( hospitalière , territoriale ou le privée). Pour être bien traitant ,il faut être bien traité ! Et si les enfants étaient en mesure d’expliquer ce qu’ils ressentent dans ces conditions d’accueil… Il leur faut faire preuve d’une grande résilience.

L’usine par bo

Le témoignage « Ni bien traitée, ni bien traitante » dit absolument TOUT !
J’en viens juste à rêver désormais, que les parents découvrent ce qu’il se passe vraiment dans les multi accueil depuis quelques années.
Pire. Que quelque chose de grave arrive, pour qu’enfin le grand public en prenne conscience.
Oui, j’en suis là.
Les élus et dirigeants sont, eux, forcément déjà au courant…

Au fait, aujourd’hui nous étions 2 pour 13 bébés (10 semaines à 10mois). Deux.
Je vous laisse imaginer les conditions, pour les enfants ET les adultes.
On m’a demandée, au cours de cette même journée, de faire 1h supplémentaire. De ménage.
(J’ai refusé).
Nous ne sommes que lundi…